ENFLEURAGE
Propriétés Clés
Qu’est-ce que l’enfleurage ?
Selon le résumé de Soe’eib et al. (2016), l’enfleurage est un procédé d’extraction d’huile essentielle par la graisse froide, dans lequel le parfum des fleurs est absorbé par la graisse. La revue de Kliszcz et al. (2021) le décrit comme une extraction des substances volatiles des plantes par une graisse animale froide comme le saindoux ou le suif, le matériel végétal étant retiré après quelques jours et remplacé par du matériel frais, plusieurs fois. Dans cette description, la graisse saturée d’huiles essentielles est enfin mélangée à de l’alcool, dans lequel les substances aromatiques se dissolvent, la graisse est séparée, et l’évaporation de la solution alcoolique donne une absolue.
D’où vient la technique ?
Selon la revue de Yara-Varón et al. (2017), l’enfleurage développé à Grasse (France) au XVIIIe siècle employait des graisses animales inodores pour capter les substances odorantes exsudées par les plantes, ce qui a conduit à des concentrés de haute qualité (« high-grade ») pour des matières florales délicates comme le jasmin et la tubéreuse. La revue qualifie la méthode de dépassée (« out-dated ») et indique que ses graisses ont été largement remplacées par des solvants pétroliers (par exemple l’hexane ou le benzène) au XIXe siècle. Selon la revue de Kliszcz et al. (2021), l’enfleurage à froid et à chaud a été abandonné et remplacé par l’extraction par solvant, que la revue décrit comme plus efficace, à l’alcool éthylique, aux hydrocarbures à bas point d’ébullition, aux esters aliphatiques ou au florasol (1,1,1,2-tétrafluoroéthane, écrit « terafluoroethane » dans la revue).
L’introduction de Soe’eib et al. (2016) décrit un procédé dans lequel une huile fixe ou une graisse inodore et neutre est étalée en couche mince sur des plaques de verre, et des pétales y sont posés quelques heures, puis retirés et remplacés par une nouvelle couche, à plusieurs reprises. Une fois que la graisse a absorbé autant de parfum que possible, l’huile peut (« may ») en être retirée par extraction à l’alcool ; les auteurs écrivent que ce procédé, appelé enfleurage, était autrefois largement employé pour produire parfums et pommades.
Chen et al. (2026) écrivent que, pour les absolues de qualité alimentaire, dont l’osmanthe, le jasmin et la rose, la production actuelle repose largement sur l’enfleurage à la graisse animale, les absolues étant extraites par des lipides d’origine animale ; la phrase ne nomme ni pays ni marché.
Que sont la pommade et l’absolue ?
Selon Rakthaworn et al. (2009), les substances odorantes contenues dans la cire, appelée pommade, ont été extraites à l’éthanol, et l’évaporation de l’éthanol a laissé ce que les auteurs nomment « absolute de enfleurage ». Punjee et al. (2009) décrivent la graisse parfumée, ou pommade, mélangée à de l’alcool pour en séparer les substances aromatiques, le solvant étant ensuite retiré à l’évaporateur sous vide pour laisser l’absolue. Soe’eib et al. (2016) emploient le mot pour un autre produit : dans leur étude, la pommade est le filtrat d’alcool et d’huiles essentielles obtenu après extraction de la graisse à l’alcool, et elle peut (« can ») être purifiée par distillation sous vide.
Comment trois études publiées en 2009 ont-elles mené l’enfleurage ?
Selon Rakthaworn et al. (2009), des fleurs de la variété à fleurs doubles de la tubéreuse, Polianthes tuberosa L., ont été extraites par enfleurage à froid ou à chaud, ou par extraction au solvant (hexane ou éther de pétrole). Punjee et al. (2009) ont comparé l’extraction des parfums et huiles essentielles des fleurs de Magnolia × alba (DC.) Figlar (« Michelia alba D.C. » dans la source) par distillation à l’eau, à la vapeur et eau-vapeur, par enfleurage à froid à la stéarine de palme, par enfleurage à chaud à l’huile de palme, et par extraction à l’hexane et à l’éther de pétrole. Pitpiangchan et al. (2009) ont étudié plusieurs méthodes d’extraction sur les fleurs de Plumeria obtusa L. : distillation à l’eau, à la vapeur et eau-vapeur, extraction à l’hexane et à l’éther de pétrole, et enfleurage à froid et à chaud.
La tubéreuse (Rakthaworn et al., 2009)
Pour l’enfleurage à froid, de la cire de palme a été chauffée à 80 °C pendant 2 h et coulée dans des plateaux de verre rectangulaires, à raison de 100 ml par plateau. Une fois la graisse refroidie et figée en cire à température ambiante, les fleurs de tubéreuse ont été posées sur la cire de chaque plateau, recouvertes d’un autre plateau ciré, puis remplacées par des fleurs fraîches toutes les 24 h. Dans ce passage (p. 205), la source nomme le corps gras « palm wax », puis « palm oil » figée en cire à température ambiante.
Pour l’enfleurage à chaud, les fleurs de tubéreuse ont été placées dans 400 ml d’huile de palme chauffée à 60 °C, chauffées 30 min, puis refroidies à température ambiante. Après une nuit à environ 8-10 °C, l’huile de palme a été réchauffée à 60 °C. Les fleurs précédentes ont ensuite été retirées par filtration et remplacées par des fleurs neuves, les étapes étant répétées avec 300, 400, 500, 600, 700 et 800 g de fleurs selon le traitement. Le parfum a été extrait de la pommade par la même méthode que pour l’enfleurage à froid ; le passage se clôt par un renvoi à Gupta (1952).
Magnolia × alba (Punjee et al., 2009)
Dans la section des méthodes (p. 198), 100 ml de stéarine de palme ont été fondus à 80 °C et étalés sur deux plaques de verre encadrées pour l’enfleurage à froid. Les fleurs ont été posées sur une plaque enduite et recouvertes de l’autre ; après environ un jour, elles ont été retirées et remplacées par des fleurs fraîches, jusqu’à saturation de la graisse en parfum floral. La section des résultats (p. 199) exprime le point de saturation de la stéarine de palme en 1500 g de fleurs pour 200 ml. Le résumé (p. 197) donne le même rapport pour la graisse, 1 500 g de fleurs pour 200 ml.
Pour l’enfleurage à chaud, 400 ml d’huile de palme ont été chauffés à 60 °C pendant 30 min, en six traitements de 300, 350, 400, 450, 500 et 550 g de fleurs pour 400 ml d’huile de palme. Le mélange a ensuite été refroidi et gardé une nuit au réfrigérateur, et l’huile a été agitée plusieurs jours, puis filtrée et extraite à l’alcool pour obtenir l’absolue, protocole que les auteurs disent repris (« applied from ») de Gupta (1952).
Plumeria obtusa (Pitpiangchan et al., 2009)
Pour l’enfleurage à froid, 200 ml de stéarine de palme ont été étalés sur un cadre de verre, puis laissés refroidir et durcir ; 2 kg de fleurs fraîches y ont été posés, les composés odorants diffusant dans la couche grasse jusqu’à ce que l’odeur de frangipanier soit perceptible. Pour l’enfleurage à chaud, 100 g de fleurs fraîches ont trempé dans 400 ml d’huile de palme chaude, chauffée à 60-70 °C pendant 30 min, puis laissée refroidir avant une nuit au réfrigérateur. Le parfum de la pommade de chaque méthode a été extrait à l’alcool absolu froid, et les extraits ont été obtenus après évaporation à sec ; le passage se clôt par un renvoi à Ernest et al. (1947).
Comment une étude de 2016 a-t-elle préparé son corps gras ?
Dans l’étude de Soe’eib et al. (2016), l’adsorbant a été préparé à l’échelle du laboratoire en mélangeant graisse végétale et graisse animale au rapport 1:1. Le mélange a été chauffé à 60 °C (imprimé « 60 0C », avec un zéro en exposant, dans la source) sous agitation pendant 15 minutes, puis additionné de benzoate et agité 2 heures.
La teneur en acides gras libres du mélange de graisses, dosée par titrage, a été de 0,0068 % au rapport graisse végétale/animale 1:1, et de 0,0072 % et 0,075 % aux rapports 1:2 et 2:3. L’essai à l’échelle « bench scale » a employé le rapport 1:1.
Un châssis de 50 cm x 40 cm x 5 cm a été enduit d’une couche de graisse, et 1 kg de fleurs (jasmin, rose et frangipanier dans l’étude, noms communs sans binôme) y a été posé pendant 1, 3, 5, 7, 9 ou 11 jours, les fleurs étant remplacées par des fleurs fraîches toutes les 24 heures. Au terme du temps de contact, la graisse a été extraite à l’alcool au rapport alcool/graisse 1:1, gardée 24 heures au réfrigérateur et séparée sur papier filtre.
Qu’ont mesuré les études de 2009 ?
Les rendements des absolues de Magnolia × alba
Selon le résumé de Punjee et al. (2009), les rendements en pourcentage des absolues de Magnolia × alba obtenues par enfleurage à froid et à chaud, et par extraction à l’hexane et à l’éther de pétrole, au point de saturation (1 500 g de fleurs pour 200 ml de graisse, 400 g pour 400 ml d’huile, 200 et 150 g/L de solvant), ont été respectivement de 0,3511, 2,7506, 0,0457 et 0,0497 %. Dans les résultats, l’huile de palme a pu (« could ») absorber des rendements voisins de 2,7506 et 2,7962 % à 400 et 450 g pour 400 ml, ce qui, selon les auteurs, implique un point de saturation de l’huile de palme proche de 400 g pour 400 ml. Les auteurs rapportent que l’enfleurage à chaud a donné un rendement en parfum plus élevé que l’enfleurage à froid, probablement (« probably ») à cause de la chaleur employée dans le procédé d’extraction. Ils ajoutent que les absolues des deux méthodes contenaient de la cire de palme et de l’huile de palme, entraînées par l’éthanol employé dans le procédé. Selon les auteurs, l’huile était difficile à retirer, et les rendements étaient, selon leurs termes, « quite different ».
Les absolues de tubéreuse
Selon Rakthaworn et al. (2009), les rendements en absolue de l’enfleurage à froid ont été inférieurs à ceux de l’enfleurage à chaud dans tous les traitements, ce que les auteurs attribuent probablement (« probably ») à la chaleur employée dans le procédé d’extraction. Les absolues des deux procédés d’enfleurage contenaient de la cire de palme et de l’huile de palme, entraînées par l’éthanol employé dans le procédé.
Quels composés les analyses ont-elles trouvés ?
Par GC-MS, Rakthaworn et al. (2009) ont détecté 10 composés dans l’absolue d’enfleurage à froid de tubéreuse, les principaux étant le benzoate de méthyle (30,17 %), le benzoate de benzyle (23,64 %), le 7-décén-5-olide (13,33 %) et le salicylate de méthyle (12,11 %), en aire relative de pic. Dix constituants ont aussi été détectés dans l’absolue d’enfleurage à chaud, le benzoate de méthyle y restant le principal, avec une part plus élevée (44,85 %) que dans l’absolue d’enfleurage à froid ; le texte nomme cette valeur « percentage yield », tandis que le tableau 4 la donne en aire relative de pic. Le 2-oxopropanoate de (Z)-3-hexényle n’était un composant majeur (27,38 %) que dans l’absolue d’enfleurage à chaud.
Chez Punjee et al. (2009), l’absolue d’enfleurage à froid de Magnolia × alba comptait trois composés principaux, l’indole (67,89 %) étant le composant majeur ; l’absolue d’enfleurage à chaud ne comptait que deux substances, dont le linalol (91,00 %) comme composant majeur (aire relative de pic, tableau 2).
Chez Pitpiangchan et al. (2009), l’analyse GC-MS a détecté 13 composés dans l’absolue d’enfleurage à froid de Plumeria obtusa, le linalol (23,13 %) étant le composant majeur, et 12 composés dans l’absolue d’enfleurage à chaud, avec l’acide n-undécanoïque (31,75 %) comme composant majeur (aire relative de pic). Seuls trois composés, le linalol, le benzoate de benzyle et le salicylate de benzyle, étaient présents dans les deux absolues.
Comment les auteurs ont-ils décrit l’aspect et l’odeur ?
Les auteurs de l’étude sur la tubéreuse ont trouvé l’odeur de l’absolue d’enfleurage à froid plus proche de celle d’une fleur fraîche de tubéreuse que celle de l’absolue d’enfleurage à chaud ; la source ne décrit aucun protocole sensoriel pour cette appréciation. Dans le tableau 1 de Punjee et al. (2009), les extraits d’enfleurage de Magnolia × alba se présentent comme un liquide brun-rouge et cireux, et l’odeur du liquide d’enfleurage à froid était plus proche de celle des fleurs fraîches que celle de l’enfleurage à chaud.
Références
- Rakthaworn P., Dilokkunanant U., Sukkatta U., Vajrodaya S., Haruethaitanasan V., Pitpiangchan P., Punjee P. Extraction Methods for Tuberose Oil and Their Chemical Components. Kasetsart Journal (Natural Science) 2009;43(5):204-211 — https://li01.tci-thaijo.org/index.php/anres/article/download/244817/167283
- Punjee P., Dilokkunanant U., Sukkatta U., Vajrodaya S., Haruethaitanasan V., Pitpiangchan P., Rakthaworn P. Scented Extracts and Essential Oil Extraction from Michelia alba D.C. Kasetsart Journal (Natural Science) 2009;43(5):197-203 — https://li01.tci-thaijo.org/index.php/anres/article/download/244814/167282
- Pitpiangchan P., Dilokkunanant U., Sukkatta U., Vajrodaya S., Haruethaitanasan V., Punjee P., Rukthaworn P. Comparative Study of Scented Compound Extraction from Plumeria obtusa L. Kasetsart Journal (Natural Science) 2009;43(5):189-196 — https://li01.tci-thaijo.org/index.php/anres/article/download/244812/167281
- Soe’eib S., Asri N.P., A.S. Dwi Saptati N.H., Diah Agustina P. Enfleurage Essential Oil From Jasmine and Rose Using Cold Fat Adsorbent. Jurnal Ilmiah Widya Teknik 2016;15(1):58-61 — https://journal.ukwms.ac.id/index.php/teknik/article/download/1525/pdf
- Kliszcz A., Danel A., Puła J., Barabasz-Krasny B., Możdżeń K. Fleeting Beauty—The World of Plant Fragrances and Their Application. Molecules 2021;26(9):2473. doi:10.3390/molecules26092473 — https://eutils.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/eutils/efetch.fcgi?db=pmc&id=8122868&rettype=xml
- Yara-Varón E., Li Y., Balcells M., Canela-Garayoa R., Fabiano-Tixier A.-S., Chemat F. Vegetable Oils as Alternative Solvents for Green Oleo-Extraction, Purification and Formulation of Food and Natural Products. Molecules 2017;22(9):1474. doi:10.3390/molecules22091474 — https://eutils.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/eutils/efetch.fcgi?db=pmc&id=6151617&rettype=xml
- Chen Q., Zhang H., Lee Y.Y., Wang Y., Li Y. Ultrasound-assisted solvent-free extraction of rosemary absolute oil: A green paradigm for high-efficacy natural antioxidant in frying oil stabilization. Ultrasonics Sonochemistry 2026;128:107813. doi:10.1016/j.ultsonch.2026.107813 — https://eutils.ncbi.nlm.nih.gov/entrez/eutils/efetch.fcgi?db=pmc&id=13000726&rettype=xml
- Govaerts R. (éd.), World Checklist of Vascular Plants (WCVP), Royal Botanic Gardens, Kew — https://sftp.kew.org/pub/data-repositories/WCVP/wcvp.zip